samedi 8 mai 2010

Excessive: Sombres dessins pour danse macabre



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Le travail de Maess est l’histoire d’un glissement, la représentation cauchemardesque des limites de la Passion. La série de 26 dessins invite à plonger, presque contre son gré, dans une danse macabre où se raconte les dernières heures en compagnie de l’ amant. L’amour est ici le vecteur sombre de l’indifférence vers la déchirure, de la jouissance à la coupure, du désir à la chute.Les fragments explosent hors cadre, les traits lacèrent,  le dessin tente de fuir avec autant d’énergie qu’il en a fallut pour le réaliser .Tout concours à confronter  le spectateur à la détresse immédiate des moments de chaque prise de vue, de chaque transcription de l’intensité de la réalité des faits par les traits.


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Le flou est entretenu, inconsciemment sans doute, sur l’instant de la création de chaque pièce, on dénonce l’autre comme le monstre, la bête photographique phagocyte ou plus simplement et tout aussi terrifiant  « l’homme violent ». Qui sait dire si le dessin est souvenir, fantasme, réalité pure, tout comme de démêler la signification de chaque incantation pourpre qui peut être blessure sanglante ou battement de cœur.

 L’introduction de la couleur est une première dans l’œuvre de Maess, mais ce coup d’essai se relève être d’une grande intensité. On pourrait croire à une réduction du sens en un simple code qui permettrait de séparer de façon binaire le bourreau et sa victime, le corps et les entrailles, l’attachement visible dans le couple face à la haine enfouie. Mais cet emploi va plus loin que la dualité, le rouge se fait liquide et sournois, s’étalant sur papier quand le noir se limite, se redessine en se faisant plus clair. Maess semble être rentrée au cœur même des propriétés de la teinte donnant à cette dernière des intentions qui lui sont propres. Le rouge agresse puissamment malgré l’échelle des dessins (principalement A3 et A4) se confondant entre matière organique et  torrent de sentiments.

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Le fleuve verbal de Crepax s’invite à la fête,  le tango lancinant de Marlon Brando et Maria Schneider  également, Tango dont on ne sait pas si la mélodie n’est que la boucle sans fin d’une lutte à mort, d’une ascension du désir jusqu’à l’étouffement entre deux inconnus, l’épilogue du film renvoyant en miroir à nos interrogations sur le caractère autobiographique de l’œuvre de Maess. Le tango est aussi ce constant balancement entre terreur et sublime, à l’image de l’instabilité de la passion retranscrit sur papier par des cadrages explosés, des points de fuites multiples.
 Si la chair est l’objet central des dessins, le texte est le  motif  perturbateur, et la question posée celle des rapports de domination dans le couple.
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Le flottement d’un message se retrouvant tel un leitmotiv tout au long de la série de dessins intrigue sur sa signification autant que par  son traitement à l’encre rouge par coulées. Il contient tout à la fois l’indice du crime (la trace de sang) et son mobile (le désir insoutenable) les lettres « JTEDT », signifiant  littéralement « J’ai Très Envie De Toi ».  Ce sceau volant est un écho, une voix cauchemardesque revenue  des premiers  moments heureux du couple et qui maintenant  se fait « lacération graphique ».
 On pourrait supposer que seul le traitement graphique serait d’actualité pour un thème aussi célèbre dans l’histoire de l’art que celui de la passion, mais Maess adopte avec ses dessins une posture résolument contemporaine en renversant le principe de la Muse inspiratrice, la jeune artiste est ici prisonnière de l’homme d’âge mur pour continuer à produire.  Le rapport de force est retourné, la relation mise en tension du fait de l’apparente fragilité de l’artiste. Maess nous donne à  voir au travers de chaque composition la décomposition du couple, le passage de l’amour à la haine dont ce socle est commun ; l’intensité aveugle d’un sentiment,  les rapprochant dans ce combat contre l’indifférence et l’apathie.
  Le traditionnel cliché du vieux mâle comme puissance créatrice usant d’une jeune femme pour stimuler ses  visions est dés lors mis en pièces, réduit au silence. /  Josselin Vamour

Excessive, Able Gallery, Berlin 4.09.2009- 25.09.2010